Visiter Nisyros, c’est s’offrir une parenthèse hors du temps dans le Dodécanèse. Coincée entre Kos et Tilos, cette petite île volcanique de 41 km² est encore largement épargnée par le tourisme de masse. Je l’ai parcourue à plusieurs reprises et j’en suis toujours revenu marqué par son atmosphère unique : un cratère qui fume au cœur d’une caldeira de 4 km, des villages blancs perchés sur ses rebords, des plages de sable noir et des sentiers de pierre sèche qui sentent le thym. Dans ce guide, je vous explique concrètement comment aller à Nisyros, ce qu’il faut absolument y faire, à quels prix vous attendre et comment éviter les pièges des excursions à la journée. L’objectif : que vous repartiez avec une vision claire et un itinéraire prêt à dérouler.
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Comment se rendre à Nisyros
Nisyros n’a pas d’aéroport. C’est sans doute ce qui explique qu’elle reste si préservée. Pour y arriver, il faut donc impérativement prendre un ferry. Les deux portes d’entrée sont Kos et Rhodes, toutes deux desservies depuis la France par des vols directs ou via Athènes en haute saison.

Depuis Kos : la traversée la plus simple
C’est la solution que je recommande dans 90 % des cas. La distance Kos-Nisyros est d’environ 35 km, soit moins d’une heure de mer pour les ferries rapides. Quatre compagnies se partagent la ligne, avec des temps de trajet et des tarifs assez différents.
- Dodekanisos Seaways : la plus rapide avec son catamaran Dodekanisos Express, environ 45 à 50 minutes de traversée.
- Blue Star Ferries : un ferry conventionnel plus confortable, comptez 1h15 de mer.
- ANEM Ferries et SAOS Ferries : des liaisons plus lentes (1h30 environ) mais souvent moins chères.
Côté budget, les billets aller simple se situent généralement entre 7,50 € et 17 € par passager piéton. En haute saison, je vous conseille de réserver à l’avance via Ferryscanner ou Ferryhopper, car les places sur les rotations rapides partent vite. De juin à septembre, on compte environ 5 à 7 traversées par semaine, contre seulement 2 à 3 entre octobre et mai. Néanmoins, vérifiez toujours les horaires la veille du départ : la météo peut décaler les rotations.
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Depuis Rhodes ou Athènes
Depuis Rhodes, des liaisons directes existent en haute saison via Dodekanisos Seaways, avec une traversée d’environ 3 à 4 heures selon les escales (Symi, Tilos). Le tarif tourne autour de 25 à 35 €.
Depuis Athènes (Le Pirée), c’est une autre histoire. Le trajet dure entre 13 et 14 heures et n’est assuré qu’une à deux fois par semaine. À mon sens, cette option n’a d’intérêt que si vous combinez Nisyros avec d’autres îles du Dodécanèse sur un long séjour.
Et l’excursion à la journée depuis Kos ?
Beaucoup de voyageurs viennent de Kardamena ou de Kos Town pour une journée seulement. C’est rapide, encadré, mais l’expérience est franchement frustrante : 45 minutes au cratère, 30 minutes à Nikia, le tout dans une foule compacte. Si votre planning le permet, je vous recommande vivement de dormir au moins une nuit sur l’île. La différence est radicale en fin d’après-midi, une fois les bateaux d’excursion repartis.
Le volcan de Nisyros : l’attraction phare
Le volcan est la raison principale de visiter Nisyros. C’est aussi le plus jeune volcan actif de Grèce, avec celui de Santorin et de Milos. Il fait partie de l’arc volcanique sud-égéen et son réseau de cratères est inscrit au Réseau mondial des géoparcs de l’UNESCO.

Quelle est la date de la dernière éruption géothermique du volcan de Nisyros ?
C’est une question que l’on me pose souvent et la réponse est précise : la dernière éruption géothermique confirmée du volcan de Nisyros remonte au 25 septembre 1888 (à plus ou moins 4 jours), selon les données du Global Volcanism Program du Smithsonian. Il s’agissait d’une explosion phréatique (vapeur d’eau surchauffée) classée VEI 2 sur l’échelle d’explosivité volcanique. Avant cela, l’île avait connu des éruptions documentées en 1422, 1871 et 1873. Depuis 1888, le volcan reste actif mais dormant : il manifeste son énergie par des fumerolles soufrées, des sources chaudes et de la microsismicité, mais sans éruption. Les épisodes de tension de 1996-1997 et 2011-2012 ont été surveillés de près par les volcanologues, sans déclencher de phénomène majeur.
Descendre dans le cratère Stefanos
C’est l’expérience à ne pas manquer. Stefanos est l’un des plus grands et mieux préservés cratères hydrothermaux au monde : environ 300 mètres de diamètre pour 27 mètres de profondeur. On y descend à pied par un sentier balisé. Une fois en bas, on marche littéralement sur le sol d’un volcan actif, entre fumerolles soufrées, marmites de boue bouillonnantes et roches aux teintes ocre, jaunes et rouges.
Quelques conseils concrets :
- Tarif d’entrée : 3 € par personne (parfois 5 € via une excursion organisée).
- Chaussures fermées obligatoires : le sol est sablonneux, irrégulier et peut atteindre des températures élevées par endroits.
- Évitez le milieu de journée : la chaleur y est étouffante en été. Je conseille la fin d’après-midi, vers 16h-18h, après le départ des bateaux d’excursion.
- Eau et chapeau : indispensables, l’ombre est rare dans la caldeira.
Pour les voyageurs sans voiture, un bus local relie le port de Mandraki au cratère plusieurs fois par jour en saison. Le trajet dure environ 20 minutes et coûte autour de 2 €.
Le musée volcanologique de Nikia
Avant ou après la descente dans le cratère, je vous recommande de passer par le musée volcanologique de Nikia. Petit mais très bien conçu, il explique de façon pédagogique la formation de l’île, les phases éruptives et le rôle de la subduction de la plaque africaine sous la plaque égéenne. Comptez environ 3 € d’entrée et 30 à 45 minutes de visite.
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Les villages à découvrir absolument
Nisyros ne compte que quatre villages, tous accessibles en bus, en voiture de location ou à pied via les sentiers. Chacun a sa personnalité.
Mandraki, la capitale
C’est le port d’arrivée et le cœur battant de l’île. Mandraki déploie ses maisons blanchies à la chaux le long d’une côte rocheuse, dominée par les vestiges du château des Chevaliers de Saint-Jean et le monastère de Panagia Spiliani, accroché à la falaise. Je vous conseille de :
- Vous perdre dans les ruelles pavées autour de la place Ilikiomeni.
- Monter au Paleokastro, l’acropole antique du IVe siècle av. J.-C., l’une des fortifications cyclopéennes les mieux conservées de la mer Égée.
- Visiter le musée archéologique et le musée du folklore pour comprendre la vie insulaire.
- Prendre un café à Andrikos, le bistrot emblématique du village.

Nikia, le balcon sur le volcan
Perché à 400 mètres d’altitude sur le rebord sud de la caldeira, Nikia offre la plus belle vue sur le cratère. Sa place centrale, pavée d’une mosaïque de galets, est régulièrement citée parmi les plus belles places de Grèce. Prenez le temps d’y boire un café et d’admirer l’église d’Agios Ioannis Theologos avant de redescendre.
Emporios et son sauna naturel
Emporios est un village partiellement abandonné après un séisme, ce qui lui donne une atmosphère mélancolique et photogénique. À ne pas manquer : la petite grotte située en contrebas du village, transformée en sauna naturel par l’activité géothermique. C’est gratuit et dépaysant. Côté restauration, la taverne Balcony of Emporios offre une terrasse suspendue au-dessus de la caldeira, idéale au coucher du soleil.
Pali, le port de pêcheurs
Pali est plus calme, niché autour d’un petit port de pêche. C’est l’endroit idéal pour déguster du poisson frais dans une taverne en bord de mer. La boulangerie du port est célèbre dans toute l’île pour ses feuilletés au fromage : passez-y le matin, accompagné d’un freddo cappuccino. C’est un excellent point de chute si vous cherchez une base plus tranquille que Mandraki.
Les plages volcaniques de Nisyros
Ne venez pas à Nisyros pour des plages de carte postale : ici, on cherche plutôt l’authenticité d’un littoral volcanique, sauvage et peu aménagé.
- Chochlaki : la plus accessible, à 10 minutes à pied de Mandraki, avec ses gros galets noirs lustrés.
- Pachia Ammos : une grande plage de sable noir au sud-est, accessible après 20 minutes de marche. Pas d’ombre, pas de bar, mais des eaux turquoises. Naturisme toléré.
- Lies Beach et Avlaki : des criques discrètes, parfaites pour la baignade en autonomie.
- Pali Beach : familiale, avec quelques tamaris pour l’ombre.
- Gialiskari : une petite plage cachée entre Mandraki et Pali, accessible par un chemin de terre.
De manière générale, prévoyez eau, parasol et casse-croûte : aucune de ces plages n’est équipée comme à Kos ou à Rhodes.
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Sources thermales, randonnée et autres activités
Au-delà du volcan et des villages, l’île offre plusieurs activités complémentaires qui valent le détour.
- Sources chaudes de Loutra : à 1 km de Mandraki, ces bains thermaux alimentés par des eaux sulfureuses (30 à 60 °C) sont connus depuis l’Antiquité pour leurs propriétés thérapeutiques. L’établissement vintage est une expérience en soi.
- Randonnée : Nisyros est un paradis pour les marcheurs. Plus de 25 km de sentiers balisés relient les villages, traversent la caldeira et longent des chapelles isolées. Je vous recommande la carte topographique de Beate et Jürgen Franke, en vente à Mandraki.
- Excursion en bateau vers Gyali : cet îlot voisin, exploité pour sa pierre ponce, propose des plages aux eaux limpides et un paysage minéral spectaculaire.
- Gastronomie locale : goûtez le kapama (chèvre farcie au riz), les pithia (boulettes aux pois chiches), la skordalia aux amandes et la fameuse soumada, boisson locale à base d’amandes. Les prix dans les tavernes sont raisonnables : comptez 15 à 20 € par personne pour un repas complet avec un verre de vin.
Quand partir et combien de temps rester
La meilleure période pour visiter Nisyros s’étend de mi-mai à mi-octobre. En juillet et août, l’île est plus animée mais aussi plus chaude (35 °C dans le cratère). Mai, juin et septembre offrent un compromis idéal entre météo agréable, mer baignable et fréquentation modérée.
Concernant la durée du séjour :
- Une journée : suffisant pour le cratère et un aperçu de Mandraki, mais frustrant.
- 2 à 3 nuits : la durée que je recommande pour un véritable ressenti de l’île.
- Une semaine : parfait pour combiner randonnée, plages et farniente.
Enfin, un dernier conseil pratique : réservez votre hébergement à l’avance. Nisyros compte peu d’infrastructures touristiques et les bonnes adresses, comme les chambres d’hôtes de Mandraki ou les studios de Pali, partent vite en haute saison. Et pensez à retirer du liquide à Mandraki avant de partir explorer : peu de tavernes acceptent la carte hors du chef-lieu.
Visiter Nisyros, c’est finalement accepter de ralentir. Loin de l’effervescence de Mykonos ou Santorin, l’île volcanique du Dodécanèse offre une Grèce authentique, brute et puissante, à ceux qui prennent le temps d’y poser leurs valises.
Article mis à jour le 3 mai 2026